29 Sep Anna, Romain et Stéphanie font vivre la dialyse de nuit à Dumbéa sur Mer
Dans son unité de dialyse médicalisée, à Dumbéa sur Mer, l’Atir, premier opérateur de dialyse en Nouvelle-Calédonie, accueille dix patients en hémodialyse longue de nuit – traitement dont on connaît tous les bienfaits. Derrière la qualité de ces séances, un trinôme : Anna, agent de service qualifié, Stéphanie et Romain, infirmiers dont le métier de nuit ne ressemble pas tout à fait à celui du jour. Ils nous le racontent.
Le plus ancien à l’Atir, c’est Romain Martin. Arrivé en 2014 comme infirmier diplômé d’État (IDE) itinérant, il s’est fixé dans l’une des unités d’hémodialyse de proximité (UHP) de l’Atir située à Koutio, près de Nouméa. Puis, en 2020, dans son unité de dialyse médicalisée (UDM) de Dumbéa sur Mer (DSM). En 2023, l’association y ouvre deux séries de dialyse longue nocturne : Romain intègre l’équipe de nuit, et ne le regrette pas.
« Nous étions quatre IDE pour dix-huit patients, sans agent de service. Après les événements de 2024, l’activité de nuit a repris avec une série seulement, les mardis, jeudis, dimanches. Aujourd’hui, nous sommes deux IDE et un agent de service pour dix patients. Nous travaillons une nuit sur deux sauf le samedi, ça me permet de m’occuper de ma fille. »
Stéphanie, jeune diplômée entrée à l’Atir la veille des blocages de 2024
Elle est la seconde IDE de nuit. Stéphanie A Poareu a commencé sa carrière à l’Atir en février 2024, tout juste sortie de l’école d’infirmière. « Au début, en poste de soirée, puis de jour car, après les émeutes, les nombreux blocages rendaient compliqué l’accès à mon lieu de travail depuis mon domicile du Mont-Dore. Finalement, j’ai voulu travailler la nuit à DSM, pour me consacrer à mes quatre enfants la journée. La dialyse nocturne est plus douce pour les patients, on a le temps de les prendre en charge, ça me va bien. »
En séance de nuit, une vigilance particulière
Stéphanie et Romain sont d’accord : dans ses grandes lignes, la prise en charge de nuit est similaire à celle de jour mais avec, quand même, sa singularité. « Déjà, la durée des séances : nous accompagnons les patients trois fois par semaine pendant huit heures, de 19h à 5h du matin. Ils sont plus autonomes que ceux de jour, souvent plus jeunes. Certains sont là par choix, parce qu’ils travaillent la journée ; d’autres, parce que quatre heures de dialyse ne suffiraient pas à leur grande surface corporelle. »
La dialyse nocturne exige, en outre, de l’anticipation et une vigilance de tous les instants. « Nous devons être très attentifs au confort des patients pour qu’ils dorment paisiblement, explique Stéphanie. On répond aux habitudes, les coussins, les couvertures… Surtout, il faut bien fixer les lignes au sparadrap pour éviter les incidents s’ils bougent, bien surveiller les données de la machine, leurs crampes, et faire le nécessaire pour préserver leur sommeil car, après 21h, dès que nous éteignons les lumières, nous veillons à ne pas les réveiller. »
Des protocoles adaptés à la nuit
Entre 0h30 et 3h50, le rythme ralentit. Stéphanie, Romain et Anna soufflent un peu tout en restant disponibles. « Nous nous posons un peu, nous faisons le point des dossiers, nous prenons le temps de lire les dizaines de mails reçus et… Atir l’haricot ! », plaisante Stéphanie. Puis tout s’enchaîne, les deux IDE ont très peu de marge de manoeuvre : ils doivent débrancher cinq patients chacun, les faire sortir, nettoyer la salle avant l’arrivée de l’équipe de jour à 5h50. « Pourvu que le patient sache tenir ses points sinon il saigne et… difficile de faire vite. »
La dialyse nocturne montre quelques spécificités dans le traitement médical aussi. Il n’y a pas de médecin sur place, sauf une fois par semaine et pour le bilan médical mensuel des patients. En cas d’urgence, les IDE téléphonent à celui d’astreinte. Toutefois, Stéphanie et Romain savent répondre aux exigences propres aux séances de nuit. « En résumé, expose Romain, l’injection d’anticoagulants se fait selon un protocole différent : nous utilisons de l’héparine sodique en flacon de 500 cl dans une grande seringue branchée sur le générateur, et non des seringues de Lovenox. Par ailleurs, nous contrôlons nous-mêmes le chariot d’urgence — il n’y a pas d’IDE dédié à cette tâche comme de jour. Nous redoublons aussi de conseils aux patients sur la restriction hydrique : certains pensent qu’en dialysant plus longtemps, ils peuvent boire plus… Nous leur rappelons les risques, l’hypertension, etc. »
La nuit, les relations humaines prennent un tour familial
Marjorie Renault, leur ex-cadre des soins référente (remplacée par Isabelle Verdeille depuis juillet), décrit une ambiance à part : « Stéphanie et Romain sont très autonomes. Avec Anna, ils apprécient l’ambiance si familiale et conviviale de la nuit. Ils s’entraident et entretiennent un lien joyeux avec les patients en organisant des pots à Noël, pour les anniversaires… C’est essentiel en petite équipe de nuit. »
Le métier d’infirmier en dialyse de nuit offre un bien précieux : du temps pour la relation patient-soignant, qui en est simplifiée. « Grâce au faible turnover des patients, nous avons développé une relation de confiance, plus intime. On plaisante facilement, on a des conversations quand ils le veulent, sur l’actualité, le sport, la famille… », se réjouit Romain. Stéphanie acquiesce : « On a le temps de prendre le temps, de se connaître, de parler. Au pot de départ de Marjorie, l’un d’eux a pris la parole : On n’est pas une équipe, on est une famille. C’était très touchant. »
Cette proximité chaleureuse leur permet d’amener les dialysés à plus d’autonomie dans leur traitement. Par exemple, pour la prise de rendez-vous. Parfois, elle sauve une situation : « Je me suis rendu compte en discutant avec un patient dont la tension avait chuté brutalement, qu’il n’avait pas compris sa nouvelle prescription d’hypertenseur. Il restait sur l’ancienne posologie, trois cachets par jour, au lieu d’un ! », relate Stéphanie.
De pair avec ses avantages, les difficultés du métier de nuit
Entre les IDE aussi, le courant passe : « On se complète avec Stéphanie, observe Romain. C’est une femme, je suis un homme ; nous sommes d’origine ethnique et de culture différentes ; j’ai plus d’expérience mais elle a plus de facilité à comprendre certains patients… » Stéphanie confirme : « Romain m’accompagne sur des aspects techniques et, de mon côté, mon ancrage culturel et local me permet de la proximité avec certains patients, dont je partage les repères et une façon de nous comprendre. »
Ils le savent : le trinôme Anna-Romain-Stéphanie renforce ses liens en partageant satisfactions… et moments éprouvants. Car il en existe. Ainsi, il faut accepter d’être isolés, à trois, et garder le contact par ailleurs avec les collègues de jour. « Une grosse difficulté, c’est d’apprendre à dormir la journée », ajoute Stéphanie, qui ne cache pas sa fatigue de mère de famille active. Mais la plus grande épreuve nait de l’attachement aux patients : quelle tristesse quand l’un décède, comme fin juillet ! « Nous n’avions plus l’âme à sourire sur les photos destinées à Atir l’haricot. »
Heureusement, l’équipe reçoit le soutien de leur cadre des soins. « Je passais les voir une fois par mois. Nous avions créé notre chat pour rester en contact, indique Marjorie Renault. Nous revenions sur les erreurs de nuit, nous réfléchissions aux cas complexes de patients – sorties d’hospitalisation, etc. » Et pour compenser la pénibilité de leur rythme, ils travaillent 33 heures par semaine, rémunérées comme 39. Cependant, ce qui leur donne le plus de satisfaction, ce sont les bilans médicaux de leurs patients. Ils sont souvent meilleurs que ceux des patients dialysés de jour.
Anna, l’entraide et l’écoute bienveillante personnalisées
Anna Cronsteadt, agent de service qualifié, assiste Stéphanie et Romain dans l’équipe de nuit. Sa mission, sur le papier ? Accueillir les patients, les préparer pour la dialyse, s’occuper de leur collation, assurer l’hygiène des locaux. En réalité, Anna va bien au-delà : elle les écoute aussi avec beaucoup de discernement, repère leurs problèmes et en informe les IDE. Ce qui fait dire à Stéphanie : «Que du bonheur, Anna ! », et à un patient : « Ah, mais si Anna n’était pas là, on ferait comment ? ».




