Un défi pour l’Atir, amener ses patients à pratiquer le sport en dialyse

Patiente à l'Atir en Nouvelle Calédonie.

Un défi pour l’Atir, amener ses patients à pratiquer le sport en dialyse

À Dumbéa sur Mer, fin 2022, l’Atir a introduit le vélo en salle de dialyse. L’initiative s’est ensuite heurtée à plusieurs entraves, dont des émeutes urbaines en 2024. Aujourd’hui, l’association réfléchit à lui redonner de l’élan. En effet, comment ignorer les effets bénéfiques, unanimement et scientifiquement reconnus, de l’activité physique sur la santé des insuffisants rénaux chroniques ?

« La particularité de la dialyse, c’est que les malades sont couchés plusieurs heures durant, année après année, analyse le Dr Cédric Mbobnda Kapche, néphrologue de l’Atir. Ils s’installent dans la sédentarité. Cela aggrave leur état de fatigue, leurs difficultés respiratoires, ils perdent leurs muscles, leur autonomie… Finalement, leur maladie s’aggrave. En les amenant à l’exercice physique régulier pendant le traitement, on rompt ce cercle vicieux. Et, par conséquent, on leur offre une qualité de vie acceptable. » Voici donc le diagnostic – corroboré par de nombreuses études scientifiques – qui conduit cette année l’Atir à ranimer un projet lancé fin 2022, celui du sport en dialyse. Ainsi, les Dr Cédric Mbobnda Kapche, Thibaut Florin et les IDE en charge de l’éducation thérapeutique du patient (ETP), Cécile Caillaba et Laure Daroux, y travaillent avec conviction.

Peut-on encore ignorer les bienfaits de l’activité physique ?

La plupart des études(1) sur le sujet du sport en dialyse le soulignent : la sédentarité des dialysés est associée à une surmortalité élevée. Les médecins de l’Atir le savent donc : en plus d’une qualité de vie acceptable, ce sont les bénéfices de l’activité physique en termes de morbi-mortalité que l’on doit viser. Et ils sont multiples. Ainsi, les exercices d’endurance et de résistance, comme le pédalage, renforcent de façon significative les capacités fonctionnelles du patient. En effet, ils augmentent la quantité maximale d’oxygène que son organisme peut absorber par unité de temps (la VO2 max). Sa fonction cardiaque s’améliore aussi, par réduction de la variabilité de sa fréquence cardiaque, notamment. De ce fait, il gagne en masse et force musculaires.

Par ailleurs, l’activité physique augmente l’effet anabolique de la supplémentation nutritionnelle au cours de la séance de dialyse, avec une balance protéique positive au niveau musculaire. La Recherche éclaire plusieurs autres bénéfices enfin, comme un meilleur contrôle tensionnel, une meilleure résistance osseuse et la baisse de l’insulinorésistance.

Plus d’autonomie, moins de dépression

À ces bienfaits fonctionnels s’ajoutent les gains en termes de qualité de vie, que le Dr Mbobnda Kapche nous rappelle. Là encore, les études se prononcent : le patient redevient mobile, plus actif, améliore son autonomie et diminue son score de dépression. Il semble, de surcroit, que l’activité physique avant greffe des transplantés soit un important prédicteur de la mortalité toute cause après greffe. D’où l’intérêt d’inciter les candidats à la greffe à en pratiquer une.

Dès lors, on comprend pourquoi, en 2022, l’Atir avait proposé aux patients volontaires un vélo spécial pour salle de dialyse. Une quinzaine en avaient profité ; ils pédalaient assis dans leur lit, voire allongés, pendant leur séance. Si la crise de 2024 a donné un coup d’arrêt à cette démarche médicale, l’apaisement revenu, les médecins et référentes ETP réfléchissent à la réactiver. « D’autant plus que beaucoup de travail a déjà été fait », note le Dr Mbobnda Kapche, enthousiaste.

Un plan d’action à remettre en selle ?

Reste à préciser les objectifs et les étapes de mise en œuvre du sport en dialyse au sein de l’Atir, comme plusieurs centres de dialyse l’ont fait dans d’autres pays. « Nous commencerions par habituer les patients à utiliser des pédaliers, indique le Dr Mbobnda Kapche. Ensuite, nous devrions pouvoir nous appuyer sur des éducateurs d’activité physique adaptée (APA) de l’Agence sanitaire et sociale de Nouvelle-Calédonie. Ils nous aideraient à individualiser les programmes d’exercice physique pour chaque patient et nous proposeraient des outils d’évaluation adaptés.

Si la réflexion est bien engagée, le projet ne prospèrera qu’avec l’adhésion de tous les collaborateurs concernés, des médecins aux agents de service. « Lorsque j’exerçais en néphrologie au Cameroun, j’ai participé à une expérience similaire, témoigne le Dr Mbobnda Kapche. Comme les équipes n’y adhéraient pas, elle n’a pas duré. Nous voulons éviter cet écueil. Il faut tous ensemble proposer de l’activité physique aux malades, avec conviction. Ils seront vite intéressés s’ils voient faire du vélo à côté d’eux. En général, ce sont des moments de fou-rire, de complicité entre soignants et patients. Beaucoup de satisfaction. »

 

(1). Voir l’article https://www.em-consulte.com/article/899474/activite-physique-chez-les-patients-dialyses-comme